[36] automne 2020
Le Plaza, invitation au voyage
[36] pages 3-5

On a appris la nouvelle au cœur de l’été 2019. Le Plaza est sauvé. Cette salle genevoise aussi mythique pour les historiens de l’architecture que pour les cinéphiles, inaugurée en 1952, fermée depuis 2004, devait être démolie, au profit de commerces, de quelques logements pour étudiants et surtout d’un parking. Seuls une poignée d’irréductibles avaient encore cru possible de lui éviter ce destin, et ils avaient convaincu en quelques mois plus de 11000 signataires. Mais le nombre n’y aurait rien fait si, de son côté, la Fondation Hans Wilsdorf ne s’était penchée sur la question. Pour ces mécènes, il s’agit tout à la fois de sauver le patrimoine architectural de Marc J. Saugey et de développer un nouveau centre culturel et cinématographique aux larges ambitions, à la mesure de la salle et du complexe immobilier dans lequel elle s’insère. Du lancement du concours d’architecture à la réouverture, prévue à l’automne 2023, La Couleur des jours accompagne cette aventure. Voici les premières pages d’un palpitant feuilleton.
 
Entretien avec Jean-Pierre Greff, directeur de la Haute École d’art et de design (HEAD-Genève) et président de la Fondation Plaza.
Élisabeth Chardon
24 fois la vérité
[36] pages 6-7

Zoé Aubry est une des photographes mandatés par la Fondation Plaza pour porter leur regard sur l’état actuel du cinéma, accompagnés par la commissaire Sarah Zürcher. Ces deux images appartiennent à une série de huit.
Zoé Aubry
Il était une fois Le Plaza
[36] pages 8-9

Le cinéma Le Plaza a évité de justesse une issue catastrophique. Se réincarner en parking est une fin qu’on ne souhaite à personne, pas même à son pire ennemi. D’où le choix de la formule Il était une fois Le Plaza pour vous raconter, depuis ses tout débuts et en plusieurs épisodes, les folles aventures d’un cinéma genevois.
Fabienne Radi
Les cinémas de Marc J. Saugey
[36] pages 10-15

En concevant des salles pour le 7e art, cet architecte majeur des années 1950 a assouvi sa passion pour les innovations techniques.
Catherine Courtiau
Exotic?
[36] pages 17-20

Pourquoi un objet, un vêtement, voire une personne, sont-ils perçus comme «exotiques»? Plus largement, comment se construit le regard sur les choses ou les gens qui nous semblent appartenir à d’autres régions, d’autres continents? Enfin, comment les objets «exotiques» conservés dans les musées sont-ils parvenus jusqu’à nous, et dans quelle mesure ont-ils acquis, voire accru, à travers le temps leur dimension exotique? L’exposition Exotic? Regarder l’ailleurs en Suisse au siècle des Lumières, au Palais de Rumine à Lausanne, propose une perspective historique pour comprendre l’émergence de ce regard et des gestes qui l’accompagnent.
Noémie Etienne
Tisserande dans la foule
[36] pages 22-23

Quelques lames de silex, des poids en argile, une fusaïole. Je suis penchée sur une vitrine dans une exposition d’archéologie. Je ne me doute pas que ces offrandes, retrouvées dans la sépulture d’un tisserand inhumé il y a 5000 ans, sont à un fil de me livrer la clé pour écrire un texte auquel je songe depuis des mois. Émerveillée comme le prince qui contemple Blanche-Neige dans son cercueil de verre, je tombe sous le charme d’humbles outils ayant appartenu à un artisan du Néolithique. J’épouse sur-le-champ la plus ancienne technique de fabrication de textile.
Anne Bernasconi, Jérôme Stettler
Le bleu des origines
[36] pages 24-25

Dans la cuisine, je suis installée au bord de la table, assise face à la cuisinière à bois. En hiver tout se passe à la cuisine et dans la petite chambre attenante, car ce sont les seules pièces chauffées de l’appartement. On m’applique sur le visage et le cou quelque chose d’épais et noir, à l’odeur précise et inoubliable: il s’agit de pommade au goudron. La douleur aussi est incisive: elle se grave dans la mémoire. Il faut s’y mettre à deux, l’un pour me tenir, l’autre pour bander cette petite tête brûlante et pleurante. Pen­dant qu’on tourne un bandage autour de mon visage, je sens la tiédeur des larmes, mais je n’entends rien: un peu comme si on avait coupé le son. (…)

> Le bleu des origines (Éditions des Sauvages)
Christiane Antoniades-Menge
Présences birmanes
[36] pages 26-27

Irene, Yangon Fashion 1979 et One Year in Yangon 1978, trois livres de photographies émergées de l’oubli par la passion de Lukas Birk. Ou comment raconter des histoires d’anonymes sauvés des ténèbres de la dictature.
Jean Perret
Fredi Murer, le magicien du regard
[36] pages 28-29

Cinéaste, expérimentateur, poète, dessinateur hors pair et prestidigitateur à ses heures, toujours malicieux dans son regard sur le monde contemporain, Fredi Murer est un artiste exceptionnel dont la vie même éclaire les œuvres, les tensions entre l’éden des montagnes et la ville grise, entre Nidwald, terre de ses origines, et Zurich, sa ville d’adoption, entre la puissance de l’enfance et le désir de s’envoler, comme dans ses films Höhenfeuer, Vollmond ou Vitus. La Cinémathèque suisse lui consacre, à l’occasion de ses 80 ans, une rétrospective intégrale.
Frédéric Maire
Le hasard des choses
[36] pages 31-37

Images Vevey est une biennale. Cette fois, elle tombe sur une année covid. Comme on tombe sur un os plutôt que comme on tombe amoureux. Le hasard est souvent associé à une chute, tuile ou autre don du ciel. Stefano Stoll, directeur du festival, évoque Der Lauf der Dinge (Le cours des choses, 1987), fabuleux film de Peter Fischli et David Weiss qui joue sur l’effet domino pour entraîner pneus, bouteilles, et autres flaques d’essence dans un enchaînement des plus maîtrisés. De même, le festival semble avoir choisi de jouer avec le hasard en l’intronisant roi du programme. En fait, la réalité est autre. Quand s’est profilée une thématique sur l’inattendu, la pandémie n’avait pas encore tracé son imprévisible chemin autour de la planète. Dans cette programmation qui ne doit bien sûr rien au hasard, La Couleur des jours fait écho à trois regards fort différents sur le fil de l’histoire, les processus, les rencontres.
Aladin Borioli, Peter Funch, Vincent Jendly
Danser d’abord et penser ensuite
[36] pages 39-41

J’ai découvert l’expression Dance First Think Later dans un collage de l’artiste Marinella Senatore. Je me suis rendu compte qu’elle était inspirée d’un passage d’En attendant Godot de Samuel Beckett, dans lequel les protagonistes souhaitent écouter l’un d’eux penser à haute voix, puis l’incitent à danser d’abord. Chacune de ces actions est envisagée comme une sorte de spectacle. J’ai été intéressé de constater que cette expression, au-delà de sa source littéraire, avait donné son titre à un livre de citations valant règles de vie et à des musiques, qu’elle apparaissait sur des posters, des t-shirts, des mugs, des oreillers, des tattoos, ou comme nom d’une crème pour les mains.
Olivier Kaeser
Holyhood
[36] pages 42-45

Les éditions art&fiction montrent le potentiel de leurs livres avec les événements de leurs vingt ans. À Locus solus, un ouvrage déclenche une salve d’œuvres.
Catherine Monney
Frontières liquides (III)
[36] pages 47-55

Pour cette troisième série au bord de lacs qui partagent leurs eaux entre plusieurs pays, l’auteur voyage en Autriche, en Hongrie, et au bord de la Caspienne. Et s’intéresse tant aux frontières d’hier qu’à celles d’aujourd’hui.
Jean Perret
Manifeste incertain 9
[36] pages 56-59

Baudelaire, parlant d’Ingres qu’il s’efforçait de déconsidérer, posa cette question: «Qu’est-il venu dire en ce monde?» Question fameuse, que je me retourne, sachant le peu d’indulgence qu’elle réclame. Alors quoi? Compte tenu d’un temps préalable de rêverie et de fermentation, presque dix ans m’auront été inévitables pour achever le Manifeste incertain. Est-ce ainsi que je suis venu dire quelque chose en ce monde? Peut-être, ou sans doute, et au moins dans ce temps imparti, j’ai voulu ébaucher une sorte de paysage d’un sentiment familier et secret: l’incertitude.

> Manifeste incertain 9 (Éditions Noir sur Blanc)
Frédéric Pajak
 
Chronique
Jean-Louis Boissier, Yann Courtiau
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