[37] hiver 2020-2021
Le jour d’après
[37] pages 3-6

Quand nous avons découvert ce texte, David Collin était vivant et nous en étions heureux. Publié dans le journal littéraire Le Persil en avril, il disait la lésion qui avait tout bousculé le 31 décembre 2019, il disait surtout l’échappée vers la vie. Et puis la maladie a rattrapé David, et l’a emporté le 30 septembre. Nous avons relu ce texte, habité par la saveur vivifiante des amitiés. Même si nous savons qu’au final le combat fut perdu, l’optimisme et la gourmandise dont David a pu faire preuve pendant ces mois cruels nous a semblé un cadeau que nous souhaitons partager.
David Collin
La petite Russie d’Europe
[37] pages 8-11

«Pays singulier, noyé dans les brumes de notre Nord, les soleils mouillés de ces ciels brouillés…» (Charles Baudelaire). Tel se présente l’automne à Kaliningrad, jadis Königsberg, petite enclave russe au cœur de l’Europe. Nous l’avons arpentée, caméra en bandoulière et en toutes saisons, le photographe biélorusse Dmitri Leltschuk en 2012, et moi-même entre 2017 et 2019. Et nous en avons fait un livre.
Dominique de Rivaz
Images éblouies
[37] pages 12-13

La douceur devrait être une catégorie de la création visuelle. Tout idéaliste et naïf que cela paraît, la tendresse qui inspire la photographie en ses rapports au monde devrait constituer un genre en soi. Et la photographe japonaise Rinko Kawauchi en serait l’une des figures tutélaires.
Jean Perret
Opération ambulatoire
[37] pages 14-15

À cause de la broche vissée à l’intérieur de mon poignet fracturé l’an passé, une rigidité excessive me gêne. Je vais donc voir Dr No dans sa banlieue bobo. Je l’appelle ainsi parce qu’il porte une blouse boutonnée jusqu’à la glotte comme le méchant dans James Bond.
Valérie Lobsiger, Jérôme Stettler
Les cahiers du projectionniste
[37] pages 17-19

Pendant près de trois décennies, de 1955 à 1983, Carlo Sartorelli a tenu le journal du Plaza, mais aussi, dans la première moitié des années 1960, celui du Broadway voisin, une salle ouverte également par les Wachtl père et fils. Ses deux épais cahiers de projectionniste sont un témoignage prodigieux pour comprendre la vie de ces cinémas, analyser les choix de programmation, les succès de l’époque ou encore suivre les évolutions techniques, qui font l’objet d’inscriptions régulières. Ou tout simplement pour rêver en lisant les titres des films, mythiques ou oubliés, les noms des actrices et des acteurs, légendes d’un jour ou de toujours.
Élisabeth Chardon
Vingt ans en cabine
[37] pages 20-21

Marcelin Pitteloud a travaillé au Plaza de 1967 à 1988. Entré comme portier par les hasards d’une annonce, il devient très vite projectionniste. C’est aussi les hasards de la vie qui nous l’ont fait rencontrer. Un vrai petit scénario de cinéma.
Élisabeth Chardon
Entracte
[37] pages 22-23

Georg Aerni est un des photographes mandatés par la Fondation Plaza pour porter leur regard sur l’état actuel du cinéma, accompagnés par la commissaire Sarah Zürcher. Ces deux images appartiennent à une série comprenant trois diptyques et deux photographies.
Georg Aerni
Christian Robert-Tissot
fait parler Le Plaza
[37] pages 24-27

Sous l’enseigne du Plaza, un système de rails permet de faire glisser des lettres pour annoncer les films à l’affiche. Pour deux ans, la Fondation Plaza a confié à Christian Robert-Tissot cet emplacement qui a survécu à la fermeture de la salle. Suivant le mode mis en place dans son travail depuis plus de trois décennies, c’est dans le quotidien que l’artiste puise des énoncés d’une neutralité accueillante pour l’imaginaire des regardeurs.
Élisabeth Chardon
Cul-de-sac, Rex et Zapata ou la question des noms
[37] page 28

Actuellement en Suisse 9 bars, 3 pharmacies, 2 discothèques, 5 salons de coiffure, 14 hôtels, 6 centres de fitness, 1 station-service et 3 cinémas s’appellent Plaza. Seize personnes portant le nom de famille Plaza sont recensées par l’annuaire électronique suisse, et encore, si tant est que l’on compte les de la Plaza, les Plazas et les Plazaola. On est loin derrière les Wenger, Bianchi, Da Silva et Baertschi.
Fabienne Radi
Tropographies
[37] pages 29-31

Depuis sa fondation à Lausanne en 2009, l’association near. promeut la photographie contemporaine, en particulier le travail des photographes suisses ou vivant en Suisse (www.near.li). En 2019, elle a lancé le Prix near., qui invite ses membres à concourir sur un thème donné. Pour 2020, le mot encounter, la rencontre, a été proposé, avec toute la polysémie qu’il produit, entre premier amour et match de boxe, hasard et organisation, intimité et relations inter­nationales. Le prix permet aussi une parution, cette année dans les pages de La Couleur des jours. Le jury l’a attribué à Nicolas Delaroche pour Tropographies et a donné une mention à Zoé, d’Anne Gabriel-Jürgens.
Nicolas Delaroche
Zoé. Bonne chance pour la fête des mères (2009-2020)
[37] pages 32-34

Touché par ce travail au long cours, «profondément envoûtant, et très personnel», le jury du Prix near. a décerné une mention spéciale à Zoé. Ici, la rencontre se joue entre belle-mère et belle-fille. La série adresse régulièrement des clins d’œil à l’univers des contes de fées, sans doute pour signifier que cette relation choisie, construite, s’éloigne des stéréotypes du genre Blanche-Neige et son infanticide de marâtre. La photographe se fait complice des jeux de Zoé, de ses déguisements, des étapes de son adolescence.
Anne Gabriel-Jürgens
L’étui épistolaire
[37] pages 36-37

Le village des Mosses sur la commune d’Ormont-Dessous se traverse presque en ligne droite, sur un peu plus de deux kilomètres. Lieu de passage de­puis Aigle vers le Pays d’Enhaut pour les pérégrins en tout genre: motards, camions mastondontes de quarante tonnes rasant les bords rocheux, valeureux cyclistes en quête de sommets, tracteurs chargés de fourrage, de cuves à lait, voitures de tourisme se croisent dans un va-et-vient affairé. (…) Sur un étal au sol (on a souvent la tête baissée dans un marché aux puces), je suis attirée par un étui en cuir, noué d’une lanière, à l’aspect d’un livre. Ce n’en était pas un, et pourtant c’est ainsi que commence le récit.
Chantal Quéhen
Séni, en apnée du monde
[37] pages 38-41

Dans un jeu d’origami, le pliage d’une carte du monde peut rapprocher Genève de la Kanaky. Les voyages, les rencontres le peuvent également. Cette série de textes entrecroise les parcours aussi singuliers qu’exemplaires de personnes qui, d’un côté de la planète ou de l’autre, ont fait preuve de volontarisme pour s’émanciper d’une condition donnée. Ce qui passe aussi par l’acceptation de ce qu’on est. Un artiste est le premier personnage de ce récit par étapes.
Donatella Bernardi
Hector Hodler, une posture pacifiste
[37] page 43

Les années d’adolescence d’Hector sont marquées par la figure de son père, l’illustre peintre Ferdinand Hodler. Les facettes de leur relation sont multiples et façonnent indubitablement la personnalité d’Hector. Modèle depuis sa naissance, Hector nous est connu à cette période grâce à certains tableaux de son père, tels L’Élu et Le Printemps, ainsi qu’au travers de photographies. (…)

Hector Hodler, une posture pacifiste (Éditions Notari)
Marine Englert
La traduction en commun
[37] pages 45-47

Comment traduit-on un roman? Quels sont les enjeux? On y pense peu en lisant des ouvrages écrits dans des langues dont nous ne saisissons parfois même pas l’alphabet. Le Programme Gilbert Musy du Centre de traduction littéraire de Lausanne est une belle occasion de s’approcher de ces réalités. C’est à la fois une distinction, attribuée à une traductrice ou un traducteur émérite, et des rendez-vous organisés autour de cette personnalité. Ce cahier de La Couleur des jours fait écho au séminaire organisé dans ce cadre. Nathalie Garbely nous en fait le récit avant que Josée Kamoun, lauréate de l’édition 2020, présente deux exercices menés avec les participant·e·s et livre sa réflexion sur l’évolution du statut de celles et ceux qui nous rendent accessibles tant de textes.
Nathalie Garbely
Gilbert Musy, un passeur inoubliable
[37] page 47

Le français, ce formidable passeur que fut Gilbert Musy l’a acquis enfant, «en rêvant» au fond de la classe.
Ursula Gaillard
L’humble virgule
[37] pages 48-51

Les dieux, dit-on parfois, nous donnent le souffle, et puis nous le retirent. Mais il en va de même, n’est-ce pas, de l’humble virgule. Qu’on l’ajoute à une phrase, et, tout à coup, l’esprit a, pour ainsi dire, un temps pour réfléchir; s’il vous plaît de l’ôter ou si vous l’oubliez voilà l’esprit privé d’un instant de repos. Et pourtant, on a bien peu d’égards pour la virgule.
Pico Iyer
La légitimité du traducteur
[37] pages 53-54

Hier traîtres, tricheurs, suspects, témoins gênants, nous voici depuis peut-être deux décennies promus passeurs. Cette promotion en dignité ne s’accompagne de rien d’aussi vulgaire qu’une gratification financière, faut-il le préciser. Comment est-ce arrivé, que faut-il en penser? Et d’ailleurs, de quels passeurs s’agit-il? Serait-ce finalement un terme novlinguistique pour nommer plus avantageusement les passe-muraille que nous étions censés être hier?
Josée Kamoun
Signes dans la ville
[37] pages 45-55
Jacques Saugy
 
Chronique
Jean-Louis Boissier, Yann Courtiau
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