[22] printemps 2017
Les archives au-dessous du volcan
[22] pages 3-11

Depuis la création d’un service photographique de presse en 1955 dans la partie anglophone du Cameroun, des archives sont conservées qui documentent l’histoire du pays. À Bâle, une exposition rend compte de leur histoire et des projets lancés pour leur préservation et leur valorisation. Récit par deux passionnés.
Rosario Mazuela, Jürg Schneider
Le conte de la ménagerie
[22] pages 13-15

Les princes, chefs de tribu et autres chefs d’État ont toujours aimé s’entourer d’animaux, domestiques aussi bien que sauvages, au nombre desquels d’ailleurs certains comptent volontiers leur cour et leurs administrés. Ils sont les vivants symboles de la puissance du maître non moins que de sa clémence, puisqu’il nourrit et protège les plus dangereux comme les plus dociles.
Claudia Schildknecht, Jean-François Sonnay
Du proche et du lointain
[22] pages 16-17

Une distance peut se calculer, c’est affaire de science. Une distance s’éprouve et c’est chacun d’entre nous qui singulièrement en perçoit l’étendue. Une distance se représente, mais ce que l’on en dit n’est pas forcément ce que l’on sait, ni d’ailleurs ce que l’autre voudrait entendre. Comme dit la chanson: «De Nanterre à Saint-Cucufa, n’y a que trois pas, mais faut les faire.» Tous les coureurs de fond savent que le dernier kilomètre est plus long que le premier, ce dont le mètre étalon de platine déposé au Bureau des poids et mesures de Sèvres ne rendra jamais compte.
Jean-François Sonnay, Jérôme Stettler
Le garagiste de Kalamata
[22] page 19

Pavlos s’est enfin décidé à rentrer en Grèce pour les fêtes de fin d’année. Les jambes pleines de kilomètres, la tête et le cœur ailleurs. Le 6 janvier, son plus jeune fils plongera dans les eaux froides du port à l’occasion de l’Épiphanie, en espérant, parmi tant d’autres garçons, être celui qui ramènera la croix jetée dans la mer, bénie par le pope.
Philippe Constantin
Briseurs de mur
[22] page 20

Les manifestants de Combatants for Peace sont régulièrement accusés de troubler la paix lorsqu’ils agitent leurs slogans pacifistes et leurs grandes marionnettes près du mur qui déchire le paysage israélo-palestinien. Disturbing the Peace, c’est le nom du film que leur ont consacré Stephen Apkon et Andrew Young. À découvrir au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), à Genève.
Élisabeth Chardon
Une ligne rouge lancée sur Genève
[22] pages 21-25

Faire entrer Genève dans un théâtre, c’est plus simple que de mettre Paris en bouteille. Il suffit d’aller à la rencontre des gens, le long d’un ruban pas si imaginaire que cela, qui traverserait le canton, du Salève au CERN. La Compagnie Kokodyniack l’a fait. Chronique d’une aventure entre le réel et la scène.
Alban Kakulya, Daniel Vuataz
Wilhelm Tell in Manila
[22] page 28

Il s’était attendu à trouver une petite ville, un lieu de science à l’abri du vent. Naturellement, en dehors de Paris, on faisait moins d’opérations, mais la vie était aussi moins chère, disait-on. En arrivant à Heidelberg en février 1886, Rizal imaginait des journées de travail tranquilles. Il opérerait des yeux le matin, apprendrait l’allemand l’après-midi et travaillerait à son roman la nuit. Il n’était pas arrivé à la gare qu’il se renseignait déjà sur le lieu où il rencontrerait des étudiants. Il voulait leur demander conseil pour trouver le meilleur professeur en ophtalmologie. On lui recommanda la brasserie Gulden. (…)
Annette Hug
Dr Chlaueputzer trinkt nume Orangschina
il m’a fallu arriver à septante ans / pour vivre un truc pareil
je travaillais à l’écurie / quand tout à coup j’ai entendu / une voix de femme brailler
j’suis sorti en courant / et au beau milieu de la fontaine / j’ai vu une jeune femme avec des longs cheveux roux
(…)
Ernst Burren
Flusspferd im Frauenbad
[22] pages 30-31

Si l’on est en vie depuis quelque temps
Quelque chose nous frappe
La liste des choses qu’on n’a jamais faites
Elle est de plus en plus longue
Jeter des baignoires par la fenêtre
Tabasser des cygnes
S’asseoir sur la tête au cinéma
Compter les arbres au Pérou
Chanter sans faute Gloire à Dieu
Jamais fait tout cela
Jamais encore on n’a mangé tout un journal
Essayé de se faufiler à l’intérieur d’un pain
S’il y en avait un assez grand
On le ferait
Mais le commander à la boulangerie
Un pain grand comme un divan
On ne le fera jamais
(…)
Jens Nielsen
Hihi – Mein argentinischer Vater
[22] page 32

Père sollicite fortement ses cordes vocales.Il est maintenant un homme enroué.
Il est, devenu, en Argentine, un père enroué; je ne reconnais plus sa voix.
Toutes ces altercations, manifestement.
Les téléphones du père dans la cour intérieure, où ça sentait la soupe et le rôti du dimanche.
Sur la plaque de la cuisinière, une sauce épaissit depuis des heures.
C’est là que se forme ce jus sucré qui remplace le rasage de mon père.
Oui, bon, c’est difficile à comprendre.
Peut-être comme ça:
Père sent la viande et les cheveux.
Père sourit.
Il pue un peu.
Il rit fort, méchamment.
Méchamment!
Hier il a dormi trop longtemps, manqué un rendez-vous, le secrétariat de la mine rappelle.
(…)
Dieter Zwicky
Faire le garçon
[22] page 35

Si ça vous chante, appelez-le « J. ». N’importe quel prénom fera l’affaire.
Moi, je préfère «le garçon». Celui resté sans mémoire de mère. Ni caresse, ni paroles, rien n’a tenu bon; pas même la voix. Accent, timbre et ton sont perdus. Aucun souvenir du giron, de la tiédeur.
Un être inachevé.
Les images qu’il repêche de la morte sont pâles comme d’anciens clichés. Son visage, la coupe de cheveux d’époque, le manteau de laine à pois noirs et blancs, et pourquoi pas un tailleur beige?
Quel lien ai-je encore avec ce garçon, quarante ans après? Presque aucun. Cette curieuse créature a l’air emmurée dans une pièce vide.
(…)
> Jérôme Meizoz, Faire le garçon (Éditions Zoé)
Jérôme Meizoz
Pour un ange
[22] pages 36-37

Francesca Woodman, 1958-1981. Huit cents tirages conservés, des milliers d’autres photographies dispersées, une œuvre affirmée en à peine dix années, entre 13 et 22 ans, des expositions, un livre-catalogue pour état des lieux d’une œuvre solitaire, aux dimensions existentielles affichées corps et âme. Comment prendre pied dans une vie occupée par l’urgence de l’affirmation de soi?
Jean Perret
M/2. Vevey, 1987-1991
[22] pages 38-39

De 1987 à 1991, M/2 a inventé en Suisse, hors des principaux centres urbains, un lieu d’exposition dynamique et stimulant, officiant à la fois comme un point de rencontres, un laboratoire d’idées et un espace de dialogue pour la génération émergente d’artistes.
Julie Enckell Julliard
 
Chronique
Jean-Louis Boissier, Karelle Menine
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