[32] automne 2019
Saisonniers, saisonnières
[32] pages 3-7

Pendant six décennies, la Suisse a nourri son économie du travail d’hommes et de femmes au statut très précaire. Cet automne, à Genève, une exposition invite à se souvenir mais aussi à se demander ce que vivent les immigrés depuis l’abolition du statut de saisonnier. Une série de dix portraits filmés, sous la forme de lettres ouvertes, ont été réalisés pour ce rendez-vous. Nous publions ici quatre de ces lettres.
Katharine Dominicé
Un automne photographique
[32] pages 9-19

La Couleur des jours est partenaire de No’Photo. Pour sa deuxième édition, la biennale organisée par la Ville de Genève prend de l’ampleur, avec des expositions qui s’égrainent sur deux semaines, voire plus, autour de la nocturne du samedi 28 septembre. Nous nous sommes promenés dans le programme et avons suivi des chemins de traverse entre expositions et projections, hors de toute thématique officielle. Parmi les milliers d’images, nous avons croisé nombre de regards d’enfants et nous avons souhaité vous en présenter quelques-uns. Surtout, nous avons visité une multitude de quartiers, à Genève et dans le monde, et découvert des bâtiments incroyables, dont certains n’existent plus. Nous vous présentons ces séries, autant mémorielles que prospectives, qui éclairent notre relation, sociétale, intime, à l’architecture et à l’urbanisme.
Élisabeth Chardon
Medicine Tree
[32] pages 21-23

Le nord industriel et sauvage de la Colombie-Britannique, haut lieu d’extraction de ressources naturelles. Au départ de Prince George, la route qui va vers le Pacifique, quelque 700 kilomètres, est appelée Highway of Tears. Dans la région, les personnes assassinées ou disparues (essentiellement des jeunes femmes autochtones) s’élève à près de 70 depuis un demi-siècle. C’est dans cette ville et ses alentours que Lucas Olivet est allé photographier, au plus proche de la population.
Lucas Olivet
Jeunes plumes
[32] pages 24-29

Le métier d’écrivain ne se résume pas à l’écriture. Il s’agit aussi de travailler avec les professionnels qui produisent et valorisent le livre. Durant l’année écoulée, la Fondation pour l’écrit et le Salon du livre de Genève ont proposé à dix auteurs émergents une série de rendez-vous pour mieux saisir les maillons de la chaîne du livre, « de l’écriture à la promotion ». La Couleur des jours est partenaire de ce soutien à la relève littéraire romande. Nous avons ­participé au choix des auteurs, les avons rencontrés et leur avons proposé d’écrire pour nos pages. Aucune contrainte, si ce n’est de longueur, mais une invitation, celle d’offrir un regard sur le réel. Quatre de ces textes ont fait l’objet d’un travail d’édition, c’est-à-dire d’une relecture critique en collaboration avec leurs auteures, et sont ici publiés.
Alexandra Cinter, Chloé Falcy, Aline Jeannet, Violette E. Mandry, Pierre Wazem
Jeux et travaux
[32] page 31

Cet automne paraît le troisième volume des Œuvres complètes de Werner Renfer (1898-1936), l’écrivain, poète et journaliste jurassien à qui notre journal a emprunté son nom. Extraits de ce nouvel opus édité par Patrick Amstutz.

> Jeux et travaux, Œuvres complètes, vol. 3 (Infolio)
Werner Renfer
 
Les souvenirs viennent à ma rencontre
[32] page 33

Je commence par un souvenir profondément inscrit dans mon cerveau, mais dont je n’ai aucune conscience, bien que ce soit le premier des deux événements les plus atroces de ma vie : le second, lui, est irrémédiablement présent dans ma conscience. Le souvenir dont je n’ai aucune conscience est prénatal. J’étais déjà un petit être vivant avec une tête, un visage, un corps formé, une sensibilité, peut-être des rêves, sans doute des plaisirs ou des déplaisirs. (…)

> Les souvenirs viennent à ma rencontre (Fayard)
Edgar Morin
Carnets de résistance
[32] pages 34-35

Tout un village de planches érigé à quatre mètres au-dessus du sol. La sculpture Robert Walser, conçue par l’artiste Thomas Hirschhorn, accueille devant la gare de Bienne des visiteurs de tous horizons, certains venus de loin, d’autres ayant simplement traversé la rue.
Frédéric Graf
 
Nous ne sommes pas des hirondelles
[32] pages 36-37

Un garçon m’a dit: «Bientôt “ils” nous mettront des compteurs autour du cou pour mesurer l’air que l’on respire et nous le faire payer.» Ne m’interrompez pas. Ne me demandez pas: «Mais, c’est qui ce “ils”? », parce qu’ils sont «eux» aussi; «ils», «eux», c’est ainsi que nous désignons les innommables qui nous gouvernent. Ils sont «ils» et «eux»: c’est ainsi que nous les tenons à distance de nos destins, de notre généalogie; ils portent le malheur et nous le savons. Ne m’interrompez pas, j’écris pour ne pas oublier, sinon après j’oublie. (…)
Ghania Mouffok
Absolument modernes!
[32] pages 39-41

Au commencement était le chaos. L’em­pilement aveugle des roches et l’énorme expiration volcanique. Les Alpe! Vu d’en haut, c’est bombé, arqué, sur des centaines de kilomètres, une excroissance éclatée comme une croûte de pain. Toute la surface a craqué sous la ­pression, le gonflement souverain de la pâte au four. Des lames de rocher se sont brisées les unes sur les autres dans un chaos inouï. Crevasses et rimayes cachent fentes et failles, le tout servi en feuilleté, monté en crème. À table! Et Dieu, en séjour balnéaire, admirait de loin ce gigantesque accident. (…)

> Absolument modernes! (Zoé)
Jérôme Meizoz
Un dispositif en ors
[32] pages 42-43

Christian Lutz s’invite à distance gardée dans les espaces de ce lieu jamais nommé, ou à peine, si discrètement, en toute dernière page du livre. Qu’importe qu’il soit identifié ou non, il a valeur hyperbolique pour le consumérisme qui, exhibition permanente, loge aux fondements de l’ultralibéralisme. Cette ville, faite de mille temples commerciaux, est au faîte de l’avènement luxuriant de la circulation tous azimuts des biens, elle en est le paradigme zénithal.
Jean Perret
Vivants
[32] pages 44-45

Il me fallait prendre l’air. L’hiver avait été terrible, mon père nous avait quittés en toute brutalité, je n’en pouvais plus de lui survivre. Je voulais du vent, des gens, me laisser étourdir, intriguer, dérouter. De la vie, des idées fraîches, être emportée par le souffle des autres. De juillet 2016 à juillet 2017, je suis allée à la rencontre d’inconnus. Dans des cafés, chez eux, chez moi; d’une ville à l’autre, je partais découvrir un visage, un prénom, une façon de m’adresser la parole et de se ra­conter. Un échange d’environ deux heures, le temps d’une boisson.

> Vivants (art&fiction)
Francine Wohnlich
Amazonian Cosmos
[32] pages 46-49

 Il y a longtemps, très longtemps déjà, le ciel est tombé sur la Terre et l’homme a failli disparaître. Aujourd’hui, les mêmes symptômes apparaissent à nouveau et les chamans yanomami racontent que la Chute du Ciel est proche.» Les Macuxi et Yanomami sont deux peuples voisins du nord du Brésil, particulièrement inquiets des ­intentions du nouveau président brésilien à leur égard. De juillet 2017 à novembre 2018, le cinéaste Daniel Schweizer suit Jaider, un Macuxi envoyé dans le monde des Blancs pour porter la voix de son peuple et trouver des alliés. C’est l’occasion d’inverser le regard ethnographique et de proposer une critique chamanique de notre société de consommation.
Daniel Schweizer
Indiens d’Amazonie, vingt belles années
[32] pages 50-51

De retour à Belém, le 17 no­vembre 1962, après être passé au Museu Goeldi pour faire la bise à Gilda, mon félin préféré, et partager une délicieuse bière locale avec Borys et Protasio, mes amis expatriés pour de vrai, j’étais sur le point de m’envoler pour São Paulo, afin de m’embarquer à destination de l’Europe et de livrer à Genève mes précieuses collections d’objets kayapo et yanomami. (…)

Indiens d’Amazonie, vingt belles années (Éditions Cinq Continents)
René Fuerst
Un territoire à l'agonie
[32] pages 53-61

Lancez-vous sur les traces de l’un ou l’autre de vos «héros»; il y a fort à parier qu’alors, chemin faisant, vous en croiserez d’autres!  La sentence incarne ce que je crois dur comme fer au terme d’années passées dans le sillage de quatre opposants à un absolutisme russe inauguré par Catherine II. D’années à pèleriner entre le Tatarstan, le Caucase, l’Oural et la République de Sakha (Yakoutie). N’eussé-je décidé, en juin 2016, de me porter sur les rives du fleuve Kolyma afin d’y découvrir Srednekolymsk, ce misérable «chef-lieu» du bout du monde enserré au royaume du Froid où Vladimir Tan Bogoraz fut exilé entre 1888 et 1898, quelle autre circonstance m’eût accordé de découvrir l’existence du docteur Sergueï Ivanovitch Mitskevitch?
Marine Le Berre-Semenov, Sergueï Ivanovitch Mitskevitch, Jil Silberstein
Répertoire
[32] pages 62-63
Jérôme Stettler
 
Chronique
Jean-Louis Boissier, Yann Courtiau
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