[17] hiver 2015-2016
Trois contes nordiques
[17] pages 3-5

Voici trois histoires du Grand Nord qui se ressemblent même si, à première vue, elles paraissent fort différentes: une ruée vers l’or dans le Yukon, province tout au nord du Canada, un chantier à travers l’Alaska et le labourage de terres vierges pour y recueillir des sables bitumineux dans l’Alberta, autre province canadienne.
Daniel de Roulet
On m’appelle le lac Léman
[17] pages 6-7

Un besoin pressant, le dernier film d’Alex Mayenfisch, utilise essentiellement les archives de la RTS. Une économie du recyclage tout à fait conforme à son propos puisqu’il se penche sur les premières décennies de l’écologie politique en Suisse. Oppressant? Un peu certes, mais le Léman, personnage principal du film, est là pour rappeler qu’il n’y a pas de cause perdue.
Alex Mayenfisch
Paysage intérieur brut
[17] page 9

C’est la fin d’après-midi. Une fin d’après-midi très ensoleillée. C’est l’hiver. L’été a été pourri mais l’hiver est très ensoleillé. Vous êtes quelque part dans le Centre Bretagne. N’importe où. Les lieux où se trouver dans le Centre Bretagne sont infinis. Vous êtes dans l’infini du Centre Bretagne et vous vous ap­prêtez à vous rendre chez nous. (...)
> Paysage intérieur brut (Éditions Quartett)
Marie Dilasser
Un été au jardin du Sleep-In
[17] pages 10-13

«Ils ont des yeux.» C’est Wilson qui le dit, un homme grand et large, mais souvent invisible. Presque un habitant des villes suisses, que les autres habitants ne connaissent pourtant pas. L’auteur de ces lignes, qui a des yeux, et donc des doutes, est allé à la rencontre des quatre-vingts sans-abri qui, comme Wilson, ont campé jusqu’à fin août 2015 devant un foyer d’urgence lausannois. Des «cas Dublin», voire des «cas Schengen», en tout cas des exilés qui, par leur présence, leur précarité et leur marginalité, ouvrent une brèche au cœur de la Suisse.
Matthieu Ruf, Jérôme Stettler
 
Vingt ans à Berlin, la mode et moi
[17] pages 15-16

Berlin, le 11 janvier 2012. Deux kilos de patates Princess, de première qualité, fermes à la cuisson, produites en Alle­magne, coûtent 69 centimes d’euros. Qu’est-ce que je paie, avec ça? Les patates, c’est sûr que non. Alors? le loyer de l’entrepôt du supermarché? le leasing du camion? le carburant du tracteur? Ça m’étonnerait. Mon propre silence, parce que je ne peux pas parler la bouche pleine, ou parce que gaver le peuple est un moyen efficace de garantir la paix sociale? Le travail, peut-être? On a dû les récolter à la main, pour ce prix-là, et les porter sur le dos, je ne vois pas comment c’est possible autrement. Il y a l’adresse du producteur sur l’étiquette, je pourrais lui poser la question. (...)
> Regards littéraires sur Berlin (Éditions Antipodes)
Hélène Bezençon
Le cinéma sidérant de Pippo Delbono
[17] pages 16-17

La jeune création théâtrale et cinématographique italienne tient la vedette cet hiver à Lausanne, tant à la Cinémathèque suisse qu’au Théâtre de Vidy. Avec en figure de proue Pippo Delbono qui, après avoir participé au réveil du théâtre italien dès les années 1980, s’est emparé également depuis une douzaine d’années de l’outil cinématographique.
Pippo Delbono, Frédéric Maire
«Greetings from Auschwitz»
[17] pages 18-19

La carte postale a-t-elle bien pour finalité de se dire et dire à l’autre, adresser une marque de reconnaissance par ce geste presque épistolaire? Celui-ci suppose un texte manuscrit, certes court, fait souvent de phrases réduites à des expressions convenues, une signature, un timbre et un tampon postal. Cette modeste activité pour espérer se placer malgré la distance dans le regard de proches. La carte postale a valeur de preuve: en ce cas, l’incrustation des mots au dos de l’image est la preuve irréfutable du fait d’être bien allé là-bas, au camp de concentration d’Auschwitz.
Jean Perret
 
Sonatine d’étoiles
[17] page 20

Cette nuit je suis riche de graines comme le ciel d’étoiles. Tout est serein, tranquille et mélodieux, monstrueusement pur; les chemins même, fraîchement éclairés, n’échouent qu’aux devantures des fermes qui somnolent. Les rares roches micacées scintillent comme des joyaux sur les cimes dénudées. L’étang brasille derrière les aulnes qui se ­penchent et le ruisseau, d’habitude à l’écart, vient mêler son clapotis aux chuchotis des berges et des lisières proches. Sinon, la demi-lune déverse son lait sur le goudron de la route, sur l’ardoise des toits neufs et, depuis des heures, le flanc sud des collines ruisselle d’argent.
Hughes Richard
Écritures lémaniques
[17] pages 21-25

L’art de Pierre-Alain Bertola, décédé en 2012, a plus d’une fois dialogué avec le Léman et ses humeurs. En marge d’une exposition consacrée au dessinateur nyonnais à la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature, La Couleur des jours témoigne de cette relation au lac à travers deux exemples majeurs, Le Gros Poisson du lac et Frankenstein.
Pierre-Alain Bertola, Corinne Desarzens
Les limaces et l’empereur
[17] page 27

Trop ’gnon. Vraiment trop mignon, tu trouves pas? À vrai dire, Blaise Hofmann, notre Brad Pitt des lettres, est mieux, plus ondulant, moins coincé, sans compter son impressionnant fan-club de bimbos blondes. Et Nicolas Fargues, somptueux, même s’il tente de s’enlaidir avec une barbe. Et François-Henri Désérable, ex-joueur de hockey de haut niveau, en plus avec un nom pareil, et Joseph Boyden, oh là, là, quelle belle bête, et même parmi la déferlante de gymnasiens qui se ruent à midi vers le centre commercial…
Corinne Desarzens
Vies et morts d’un Crétois lépreux
[17] pages 30-34

À la fin des années 1960, Maurice Born découvre en Crête l’île de Spinalonga, où les lépreux furent reclus de 1904 à 1957. Ce qui va le conduire à entamer une longue étude de cette exclusion. Dès 1972, il recueille le récit de vie d’Epaminondas Remoundakis qui, interné vingt ans sur l’île, en fut un porte-parole remarquable. Aujourd’hui un livre réunit le témoignage du Crétois et l’analyse fine et engagée de celui qui a transcrit et traduit sa parole.
> Vies et morts d’un Crétois lépreux (Éditions Anacharsis)
Maurice Born, Epaminondas Remoundakis
Panayota, Elena, Pandhelis et les autres
[17] pages 36-37

Rendez-vous ce soir chez mon ami Spiros. Un peu pêcheur, un peu charpentier naval, peintre en bâtiment parfois, sans profession souvent. Il habite sur les hauts de Koroni.
Philippe Constantin
Les étagères blanches
[17] pages 38-39

Je te parlais de mes poches sous les yeux avec une moue d’enfant gâtée. Tu me disais qu’elles portaient toute la beauté du monde.
Le temps ne sait rien, sinon avancer.
Valérie Morand Sanchez Reinoso
 
Chronique
Jean-Louis Boissier, Karelle Menine, Aude Seigne
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